Voilà, ce n'est pas très long et c'est très en retard, mais le début du chapitre 3 est disponible. Bonne lecture!
Chapitre 3 : « H »
« Tom ! Comment tu te sens ? »
C’était Emma. Elle était entrée en trombe dans la chambre de Thomas, suivie de près par Mike. Elle semblait très angoissée, ce qui surprit beaucoup Thomas : il ne s’attendait pas à ce qu’elle saute de joie parce qu’il était blessé mais, après tout, ils n’étaient guère plus que des collègues de travail, et ils ne s’entendaient pas particulièrement bien, loin de là. Il en fut tout de même touché.
- Ca va, répondit-il en souriant. Ma cheville est dans un sale état, mais...
- Mon dieu, quelle horreur ! s’écria Mike avec un air faussement terrorisé. On dirait un goret. T’es complètement défiguré !
- Crétin....
- T’en fais pas, on te trouveras une jolie truie toute rose. Ou alors peut-être qu’avec une cagoule…
- Mais ça t’amuse, espèce d’enfoiré ! Tu sais que j’ai failli y rester moi !
- Tom…murmura Emma, les larmes aux yeux.
Les deux hommes la regardèrent pendant quelques instants, étonnés, puis redevinrent sérieux.
- Sans rire, reprit Mike, on a eu une sacrée trouille. Il parait que tu étais salement amoché quand ils t’ont retrouvé.
- Bah…ça aurait pu être pire. Des nouvelles de Doug, au fait ?
- Pas que je sache…Mustang nous a mis sur l’affaire avec Russel mais, franchement, on voit mal comment on pourrait le retrouver. Pas de témoins, pas de traces. Tout ce qu’on a pour l’instant, c’est ta description de l’agresseur. Et la veste.
- Et qu’est-ce que ça donne ?
- Eh bien…à moins de fouiller les maisons de tous les vieillards du pays, ta description ne nous sera pas d’une grande utilité. Pour ce qui est de la veste, c’est à peu près la même chose. C’est une vieille veste de l’armée assez ordinaire. La plupart des anciens combattants du pays en ont une dans leur placard….
- Ca s’annonce mal, si je comprends bien…dit Thomas avec une pointe de tristesse.
- Allez, t’en fais pas, répondit Mike en lui donnant une tape amicale sur l’épaule. Je suis sûr qu’il va bien.
- Je l’espère…
En fait, Thomas faisait bien plus qu’espérer. Il était à peu près certain que Doug était en vie, du moins pour le moment. Il avait deux excellentes raisons de croire cela. D’abord, si le vieux était la personne qui terrorisait tellement Beck lors de son arrestation – ce dont il était à peu près sûr désormais –, alors c’était aussi la personne qui voulait capturer des alchimistes. Et puis, s’il avait voulu tuer Doug, on aurait retrouvé son corps avec ceux des prisonniers. Non, Doug n’était pas mort. Il avait été kidnappé. Il songea un instant à en parler à ses collègues, mais il s’en abstint. Cela ne leur aurait pas été d’une grande utilité, de toute manière. Tout au plus aurait-il réussi à leur donner de faux espoirs.
- N’y pense plus, dit Mike. Essaie plutôt de revenir vite et en forme. On aura sans doute besoin de toi.
- Tu peux compter sur moi. J’ai déjà des fourmis dans les jambes.
Ils échangèrent des banalités jusqu’à ce que Emma et Mike s’en aillent, et Tom remarqua que la jeune femme, perdue dans ses pensées, semblait triste et soucieuse. Un peu comme Mustang lorsque, deux jours auparavant, il lui avait raconté l’attaque du bloc.
***
« Jeune homme, vous n’avez aucun respect pour mon travail, soupira Elizabeth Brown en posant sa boîte à outil sur la table.
- Bonjour, madame Brown, grogna Thomas. Je vais bien, merci. Et vous-même ?
- Mon dos me fait souffrir. Vous n’imaginez même pas à quel point c’est douloureux. Et je peux savoir comment vous vous êtes fait ça ?
- Je n’y suis pour rien. C’est un de vos contemporains qui m’a broyé le bras. Un dinosaure, lui aussi. Mais pas la même espèce.
- Qu’entends-je ?
- …laissez tomber, dit Tom, amusé.
Elizabeth « Liz » Brown était sa mécanicienne. Elle était également la mécanicienne de nombreux fonctionnaires, puisqu’elle travaillait depuis des lustres au service de l’Etat, dans une unité dont le rôle était de créer et d’entretenir les méca-greffes de tous les employés du gouvernement. En fait, seules les personnes les plus importantes, autrement dit les officiers de l’armée et surtout les alchimistes d’Etat, bénéficiaient de ces services, les autres étant plus faciles à remplacer qu’à « réparer ». Liz était l’une des mécaniciennes les plus expérimentées et les plus compétentes du pays. Elle jouait à la vieille grincheuse imbuvable, mais Owen l’aimait bien. Dans le fond, il n’était pas si différent d’elle.
Malgré son grand âge, ses doigts oeuvraient avec une agilité et une rapidité remarquables. Il ne lui fallu guère plus d’une heure pour remettre son bras en état. Pendant ce temps, elle lui parlait de ses rhumatismes, de ses souvenirs des guerres du passé et des jeunes crétins qui voulaient peindre des flammes sur leur méca-greffe ou y inclure des gadgets stupides. Quand elle eût fini, Tom la remercia et lui promit de faire plus attention à son bras dorénavant. Liz rangeait son matériel lorsqu’elle remarqua la veste bleue qui traînait sur une chaise. C’était celle du vieillard. Thomas avait demandé à Mike de la lui apporter pour qu’il puisse l’étudier plus en détail. Il savait qu’il n’en tirerait probablement rien, mais c’était la seule façon pour lui de se rendre utile. Et puis, il avait besoin de s’occuper l’esprit.
- Vous voulez ouvrir un musée sur les alchimistes d’Etat? demanda la mécanicienne.
- Non, mais c’est promis, le jour où je le ferai, je vous garderai un sarcophage.
- Très drôle…
- Mais qu’est-ce qui vous fait croire qu’il s’agit de la veste d’un alchimiste d’Etat ?
- Vous voyez ceci ?
Elle désignait le bout d’une des manches.
- Et alors ? Je ne vois rien.
- Et après, c’est moi qui si vieille… Touchez donc le tissu.
Sous ses doigts, Tom pouvait sentir des irrégularités dans le tissu. Et quand il regarda de plus près, il vit enfin ce que Mme Brown voulait lui montrer : on pouvait distinguer en relief un dragon, le même que sur les montres des alchimistes d’Etat. L’usure l’avait rendu à peine visible, mais il était bien là.
- Ca alors, murmura Tom. C’est donc la veste d’un alchimiste d’Etat ?
- Oui, et pas n’importe lequel. Un fondateur du corps des alchimistes d’Etat.
- Vous êtes sérieuse ?
- Bien sûr, s’offusqua Liz. Je vous parle en connaissance de cause, Thomas. Je me suis moi-même occupée de l’un d’entre eux. Cornélius Gordon. Ils étaient les seuls à avoir ce type de veste. Je ne sais pas où vous l’avez trouvée, mais c’est pour ainsi dire un objet de collection.
- Mais tous les fondateurs sont morts !
- C’est bien ce que je dis…
Thomas n’en croyait pas ses oreilles. Le corps des alchimistes d’Etat avait été fondé il y a quatre décennies de cela par trois hommes : Cornélius Gordon, Abraham Hunt, et Peter Grisham. Hunt, le dernier survivant, était mort il y a deux ans de cela, l’année même où avait été créée la Division Spéciale. C’est en tout cas ce qu’on disait. Se pouvait-il que l’un d’eux ait survécu ? Mais, même si c’était le cas, pourquoi agissait-il ainsi ? Dans quelle sale affaire baignait encore l’armée ? Il devait agir vite et avec discrétion. D’abord, se procurer des photos des trois fondateurs. Peut-être parviendrait-il à identifier l’un d’eux comme étant le vieux débris qui l’a agressé. Ensuite, en parler à quelqu’un de confiance. Mustang, peut-être. C’était un ancien militaire, mais il était sans doute en dehors du coup. Mais comment en être sûr ? A bien y réfléchir, son attitude après cette affaire avait été bien étrange. Et si il en savait plus que ce qu’il laissait entendre ?
Il allait demander plus d’informations à Liz Brown sur les techniques utilisées par les fondateurs lorsque quelqu’un frappa à la porte. C’était Russel, blanc comme un mort. Ils avaient retrouvé Doug.